Je me tue, tu te tues, on nous tue, nous nous tuons….Stop !
La mer méditerranée est une mer fermée, sur sa rive sud l’absence de stations d’épuration reste encore de nos jours un problème criant. Le nord a depuis trente ans pris conscience du problème et traite ses eaux usées. Le tourisme, avec la manne financière qu’il représente a grandement participé à cette prise de conscience. Le problème n’est pour autant pas résolu, les stations d’épuration sont très souvent sous-dimensionnées, vétustes et incapables de résister aux violents épisodes pluvieux caractéristiques des pourtours du bassin méditerranéen. Ces défaillances des systèmes de traitement des eaux usées font que nous rejetons en mer des produits chimiques médicamenteux dont on mesure bien mal l’impact sur le milieu naturel.
Le traitement des eaux usées est aujourd’hui axé principalement sur l’élimination des matières organiques pour éviter que les plages ne soient polluées, rien n’impose de retenir les matières médicamenteuses « dixit » le responsable des questions techniques à l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée.
L’Ifremer commence à se préoccuper sérieusement de ces questions. L’un des ses responsables déclarait lors d’une conférence consacrée à la pollution en Méditerranée, que l’on avait relevé une concentration de l’ordre d’une demi pilule de paracétamol par mètre cube d’eau ! Les médicaments que nous ingérons sont évacués de l’organisme dans nos urines, quasiment tels quels. Le paracétamol n’est qu’un exemple, nombre de molécules proche des hormones mâles ou femelles sont ainsi rejetées en mer, et elles ne sont pas biodégradables.
Le mal est déjà constaté par les scientifiques. Bernard Cressens directeur du programme de conservation du WWF parle de modification de la différenciation sexuelle des poissons. Des changements des sexe ont été observés, la fécondité des poissons est modifiée.
L’intervenant suivant, Sébastien Couvray, chargé de mission écotoxicologique à l’Institut Océanographique Paul Ricard, parle de déséquilibre des communautés et de mise en danger des stocks.
Il est grand temps d’agir, des études actuellement en cours tentent de quantifier l’impact de ces substances dites « émergentes » sur notre environnement.
Les Français du Cemagref
( institut public de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement
) travaillent avec le projet Ampères sur les moyens d’améliorer le traitement
des eaux avant leur rejet dans le milieu naturel. Ils traquent les micropolluants
des eaux usées traitées, mettant en évidence les failles des systèmes actuels
en place.
Ces chercheurs évaluent à 100 000 les molécules chimiques actuellement employées,
susceptibles de contaminer les écosystémes.
Mais nous ne sommes que
dans la phase de constat, il reste une grande question, quels impacts sur
les écosystèmes touchés ?
Quel devenir ?
Nous n’en savons rien.
Robert Fournier